A daily performance project by Nadia Vadori-Gauthier

Le pari de cette artiste : danser une minute par jour dans Paris13 March 2018

Author : Clothilde Gaillard

Medium : TIME OUT

« Après les attentats de Charlie Hebdo, je me suis sentie impuissante », révèle Nadia Vadori-Gauthier. Le soir même de ce funeste 7 janvier 2015, l’artiste a donc imaginé le projet « une minute de danse par jour ». Soit le pari quotidien de danser 60 secondes dans la rue, un musée ou un camion de livraison afin d’apporter une bouffée d’art dans ce monde à l’atmosphère pesante. Partant d’un précepte chinois selon lequel « goutte à goutte, l’eau finit par traverser la pierre », cette “chercheuse en art” s’est donc astreint, depuis trois cents jours exactement, à cette action de prime abord insignifiante. Mais qui, par son aspect répétitif, pourrait bien éveiller les consciences, tel un acte de résistance poétique. Une sorte d’engagement esthétique. Dans des lieux aussi variés que singuliers, Nadia pose donc sa caméra (en fait un petit appareil photo monté sur un trépied) et se met à danser au milieu des passants. Rien n’est préparé à l’avance, tout n’est qu’une question d’affinités, de spontanéité. Nadia ne se maquille d’ailleurs pas spécialement et porte des vêtements assez ordinaires (si on excepte ses baskets roses à paillettes). Et pour cause : sa minute de danse ne se veut pas spectaculaire. Tout ce que désire cette ballerine pas si banale c’est « vivre une connexion avec les gens, être ensemble différemment ». « Une réaction, même subtile, me fait plaisir », confie Nadia, parlant avec les mains en des gestes gracieux qui trahissent sa pratique de la danse. Ainsi, certains s’arrêtent pour la regarder, d’autres demeurent indifférents malgré sa proximité tandis que, parfois, quelques-uns se joignent à elle. Des rencontres fortuites avec des inconnus comme des éboueurs, des livreurs… et même des gardiens de la paix aux abords du Mémorial de la Shoah. Une communion « infinitésimale », qui rappelle un peu cet esprit unanime du 11 janvier. Pour autant, Nadia n’entend pas initier un mouvement de danse instinctif. « Il est important qu’artistes et penseurs invitent le public, pas forcément à trouver les réponses, mais au moins à se poser des questions », explique-t-elle. Dont cette interrogation : et si, en osant entrer dans sa danse, le monde se mettait à tourner plus rond ? Un an de danse en 40 minutes Imaginé sans limite de temps, le projet « Une minute de danse par jour » durera donc tant que Nadia aura envie de le mener. Cependant, après une année à fouler le pavé et à l’occasion de la commémoration des attentats de janvier, celui-ci fera l’objet d’une rétrospective en début d’année 2016. Une sélection de plus de trois cents jours de danse compilés en quarante minutes qui sera diffusée dans plusieurs lieux culturels de la capitale, du Palais de Tokyo au Micadanses. Ces projections seront suivies de discussions entre Nadia et les spectateurs. Mais aussi avec des invités touchés par cette performance aussi humaine qu’artistique, tels que le chorégraphe Daniel Larrieu, le dessinateur Edmond Baudoin ou encore la danseuse Myriam Gourfink. En perspective, un échange convivial et pertinent, à l’image de celui que nous avons eu avec Nadia Vadori-Gauthier. Avant de partir, celle qui s’affirme paradoxalement « réservée » improvise un ballet sur le boulevard Bonne Nouvelle. Sans musique, elle exécute des mouvements amples et élégants sur le banc où un serveur du café adjacent fume sa cigarette. D’abord méfiant, l’homme finit par baisser sa garde pour se laisser entraîner dans cette chorégraphie silencieuse. Qui se conclut par une étreinte en guise de salut. La preuve que la défense de l’art, danse ou bien dessin, peut unir des gens venant d’horizons totalement différents.

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