Un projet quotidien de performance de Nadia Vadori-Gauthier

Danse 1425 - 8 décembre 2018

16h02, rue Saint-Lazare, Paris 8e. C’est le 4e samedi de mobilisation pour les Gilets Jaunes. Un dispositif de sécurité exceptionnel a été mis en place pour prévenir les débordements. Les grands magasins, les théâtres, les cafés et commerces sont fermés. 

Aujourd’hui, j’ai été mobilisée de 8h du matin à minuit pour la minute de danse. Le caractère exceptionnel de la situation m’a fait opter pour une présence au sein de gilets jaunes, plutôt qu’à la manifestation pour le climat, cause qui me tient hautement à cœur (J’ai dansé plusieurs fois pour la justice climatique et je continue de le faire à chaque occasion donnée, dans les rassemblements, marches, ou en résonance à la nature). La minute de danse a lieu chaque jour. Parfois, elle témoigne d’événements collectifs.

Accompagnée de mon ami Laurence qui veillait sur la caméra, j’ai fait 10 danses. Trois le matin, lorsque les forces de l’ordre empêchaient des gilets jaunes d’accéder aux Champs-Élysées. Une quatrième, les barrages de sécurité passés. Trois sur les Champs-Élysées, alors que les manifestants couraient pour échapper aux tirs de gaz lacrymogènes. Je garde en mémoire l’image d’un vieil homme élégant, vêtu d’un imperméable usé, habitant probablement l’avenue et qui semblait faire sa promenade du dimanche au milieu des manifestants, comme si de rien était. Vers 14h, je suis partie me mettre à l’abri dans un café rue Lafayette. 

À 15h, suivant en scooter le vol des hélicoptères, je me suis garée à Saint Augustin où j’ai fait une 8e et 9e danses  dans les nuages de gaz et des mouvements/courses de manifestants. Il y en a une où de jeunes gens dansent joyeusement au son d’un tambour en se dirigeant vers un point chaud, mais elle ne dure que 45 secondes. On m’a donné du sérum physiologique pour calmer mes yeux. puis, j’ai dû déplacer mon scooter qui était juste à côté de scooters qu’on s’apprêtait à brûler. Dans cette ambiance surréaliste et électrique, on m’a laissé gentiment passer. Je me suis garée place de l’Europe, puis je suis redescendue vers Saint-Lazare vers 16h où quelque chose flambait sur la chaussée. Une foule était assemblée. L’atmosphère était un étonnant mélange de quotidienneté et d’urgence. Des gens filmaient avec leurs téléphones. Pendant que je dansais, le Starbucks à ma gauche a été attaqué, puis il a fallu courir pour se mettre à l’abri. J’étais sonnée par la couse et les gaz. J’ai décidé d’arrêter. 

Alors que je remontais les grands boulevards, j’ai déposé mon ami à Richelieu Drouot, station encore ouverte, puis j’ai continué vers le Grand Rex. J’ai vu au loin des flammes assez hautes en travers de la chaussée, mais n’étant plus accompagnée, j’ai décidé de rentrer. 

Ensuite j’ai sorti 3 films, sur les 10 danses, mais choisir est souvent difficile. Lorsque je finis par mettre une danse en ligne, je me dis que j’aurais pu tout aussi bien en mettre une autre….

 

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